Entretien avec Margaux Robein, psychologue et psychothérapeute spécialisée en dépendance.

L’alcool est une dépendance qui peut toucher tout le monde sans exception. Je rencontre des personnes jeunes de 25 ans déjà alcoolos-dépendantes mais aussi des personnes de 70 ans. Les hommes comme les femmes de tous les milieux sociaux, de tous les niveaux d’éducation. En soit rien ne peut garantir d’être à l’abri de ce fléau.

Il peut également s’agir d’une conséquence liée à un burn-out parental ou professionnel, dans son couple, à un trouble psychiatrique comme la bipolarité, à un trouble alimentaire, à de la violence verbale, physique et/ou sexuelle subie (actuelle ou passée), à un traumatisme,…

Dans tous les cas, je rencontre des personnes touchantes, écorchées qui ont fait ce qu’elles pouvaient. Elles se sont auto-médiquées avec l’alcool et ne pensaient pas devenir dépendante à ce point-là. Ces personnes sont souvent sans limites, dans la satisfaction immédiate des envies. Elles ont aussi une gestion difficile des émotions, des frustrations et du stress, beaucoup de mal à s’affirmer et à se faire respecter. Ces personnes ont une image négative d’elle-même et peu de confiance en elle. Le souci c’est que l’alcool est un cercle vicieux. Il augmente le stress, la dépression, l’isolement social, le sentiment de honte et donc renforce l’image négative que la personne a d’elle-même.

Quand est-ce que cela commence ?

Il est souvent difficile pour les patients d’acter une date précise du début de la consommation problématique. Ils commencent tous « normalement », de manière festive. Là, le mental trouve déjà une fonction au produit. La personne boit pour évacuer du stress, des frustrations, ne plus entendre un conjoint dénigrant, souffler après un boulot peu épanouissant, être moins timide,…

Puis arrive un jour où le corps va en être dépendant. Même si elles étaient déjà dans une consommation excessive, c’est comme si cela leur tombait dessus. Le corps commence à trembler, des sueurs apparaissent, des angoisses parfois, des insomnies et des envies de boire peu importe le moment du jour ou de la nuit. En effet, l’alcool est insidieux et le corps et l’esprit vivent une accoutumance poussant la personne à devoir consommer plus, plus rapidement. Cela est renforcé par les effets bénéfiques à court terme. La personne se sent plus confiante, plus extravertie, plus joyeuse mais cela ne dure pas…

Les conséquences ?

Les conséquences négatives augmentent en intensité et en fréquence avec le temps. Au contraire les conséquences positives, elles, diminuent. Au début cela rend euphorique (moins déprimé), moins stressé, moins timide voire apaisé. Cela permet de se détendre et de mieux dormir. Avec le temps et l’accoutumance arrivent les gueules de bois, les oublis, les conflits conjugaux et familiaux. Peu à peu l’état physique et psychologique se dégradent. Puis, ensuite, l’agressivité, les accrochages en voiture, l’isolement et l’arrêt des loisirs, la mise à distance de l’entourage qui en a marre de votre état.

Enfin, lorsque l’on est alcool-dépendant on voit arriver les problèmes de justice, les dettes (la consommation passe en premier), des perte d’emploi et beaucoup de violences (verbales, physiques).

Concernant la santé, un lien est avéré entre l’alcool et 8 cancers et ce, dès un verre par jour: bouche, larynx, pharynx, œsophage foie, côlon, rectum et sein. L’alcool augmente également le risque des maladies cardio-vasculaires et des cirrhoses. Il peut également être responsable de troubles cognitifs : altération de la mémoire, des capacités de planification, d’attention et de prise de décisions. Par ailleurs, même si l’alcool aide à s’endormir, à plus haute dose, il nuit à la qualité du sommeil et peut provoquer des insomnies. Au niveau de la santé mentale, les personnes souvent déjà anxieuses et dépressives ne font qu’augmenter leurs troubles en consommant ; c’est un vrai cercle vicieux.

Pourquoi boit-on ?

Il n’y a pas une cause unique à sa consommation d’alcool. Souvent, c’est l’accumulation de difficultés dans différents domaines de la vie.

Et les femmes dans tout ça ?

L’alcool chez les femmes est davantage caché car plus honteux. Elles vivent donc plus de culpabilité ce qui renforce la dépression et donc, la consommation. Souvent elles commencent à consommer après leur journée, quand tout est terminé. Mais pour elles aussi, il y a le phénomène d’accoutumance. Elles vont donc augmenter les quantités puis commencer plus tôt, se créer des occasions de boire…

Et la société dans tout cela ?

La société nous pousse à consommer de plus en plus jeune: bouteille avec un design sympa, un mélange pour faire passer le goût de l’alcool. Les jeunes vivent des phénomènes de binge drinking où ils boivent de grandes quantités en peu de temps. Souvent les jeunes commencent aussi directement avec de l’alcool fort qui, même mélangé, fait de gros dégâts. Comme avec la cigarette, les effets vraiment négatifs n’arrivent qu’à long terme donc on s’en soucie peu dans cette société où nous vivons davantage au jour le jour. De plus, c’est un phénomène très social et, dans tous les événements (mariage, naissance, promotion,…), lorsque l’on ne boit pas, on est considéré comme “anormal”.

Alcool et confinement

Le confinement a pu avoir du bon chez les jeunes et les hommes, ceux qui consommaient surtout de manière sociale (aux cafés, aux buvettes,…). Par contre le stress lié à ce climat d’incertitude et au risque de contamination, le stress familial lié à la présence incessante des enfants et le fait de devoir travailler à la maison a fait augmenter la consommation d’alcool à domicile. Surtout chez les femmes.

Un conseil ?

N’ayez pas honte. Consulter au plus tôt dès que l’alcool prend un fonction, que l’on se crée des occasions pour boire, que l’on attend avec impatience tel événement pour consommer et que loin s’entoure de gens qui consomment beaucoup. Si vous dépassez les normes décrites ci-dessus et que cela commence à vous posez problème (vous n’arrivez pas à réduire la fréquence ou la quantité de consommation et commencez à perdre le contrôle), consultez. L’entourage ne peut pas comprendre les difficultés que vous vivez et aura tendance à minimiser le problème en disant que ce n’est pas si grave ou, si il a des conséquences de votre excès de consommation, ne saura pas qui faire et comment vous aider.

Margaux Robein
Psychologue et psychothérapeute spécialisée en dépendance

Consultations possibles en ligne via Websie.co

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