L’argent joue un rôle primordial dans la recherche d’un thérapeute, et le tarif du professionnel sélectionné influence bien souvent notre choix. De nombreux spécialistes réputés imposent des dépassements d’honoraires parfois compliqués à régler, voire ne sont pas pris en charge par l’assurance santé ni les mutuelles. La psychothérapie « de qualité » serait-elle réservée à une élite privilégiée ? Cette idée va à l’encontre même de l’idée de thérapie et d’aide psychologique, que l’on imagine intervenir auprès de tous, indépendamment de son origine ou de ses revenus. 

Payer son thérapeute, un acte symbolique ?

De nombreux professionnels affirment pourtant que « payer » son thérapeute représente un fort intérêt thérapeutique. En monétisant cette relation, nous sortons alors du domaine de l’affect. Ainsi payé, le psychologue devient un outil thérapeutique comme un autre, au même titre que les traitements médicamenteux ou la pratique sportive. 

Si cette théorie semble se tenir, payer ne signifie pas débourser des fortunes. Par exemple, le fait que la thérapie soit ensuite remboursée par la sécurité sociale permet d’effectuer le geste rémunérateur tout en s’assurant la gratuité du soin.

Et que dire des CMP dont les psychiatres et les psychologues ont reçu exactement la même formation que leurs confrères exerçant dans le privé ? La longueur de leurs listes d’attente en dit long sur leur importance, mais aussi leur efficacité.

Des thérapies gratuites pour crédibiliser les maladies mentales 

Il ne nous viendrait pas à l’idée de refuser son traitement à une personne diabétique sous prétexte qu’elle n’a pas le moyen de le payer. Nous serions scandalisés en apprenant qu’un accidenté de la route a été refusé aux urgences, car il ne pouvait pas régler ses frais d’admission. Il semble pourtant admis que les conditions d’accès aux soins psychologiques soient soumises à plusieurs conditions pratiques telles que les moyens, ou la situation géographique. Or, les troubles psychologiques et les maladies mentales sont des maladies et des problèmes de santé au même titre qu’une grippe ou qu’une entorse. La prise en charge se doit donc d’être inconditionnelle et totalement gratuite. 

Un accès au traitement quasi systématiquement payant (ou alourdis par des contraintes de lieux, d’horaires et des listes d’attente bien trop longue pour des patients qui sont déjà en situation de détresse) conforte cette idée que la santé mentale est moins importante que la santé physique et que la négliger n’est pas si grave. Or d’une part un trouble psychologique comme le burn-out, l’anxiété ou la dépression fait terriblement souffrir qui en est victime, mais il est en plus prouvé qu’un état mental défaillant entraîne de sérieux troubles physiques « véritables ».

Une égalité face à l’accès aux soins

Bien que le système de Français soit heureusement bien éloigné du système de santé américain où les malades doivent presque toujours assurer seuls leurs dépenses de santé, de nombreuses inégalités subsistent. Il n’est pas rare de voir un grand spécialiste filer dans le privé, pour mettre ses compétences et sa réputation au service d’une clientèle fortunée nullement impressionnée par des dépassements d’honoraires importants. 

Si de nombreux psychologues, psychiatres et travailleurs sociaux très compétents et dévoués à leur patientèle ont fait le choix de travailler dans les hôpitaux et les CMP, beaucoup de professionnels finissent par faire le choix du cabinet en ville. Revenus bien plus attractifs, horaires plus flexibles, les raisons qui poussent à vouloir exercer dans le privé sont absolument recevables et la question de la revalorisation du système public se pose encore une fois. Malheureusement, beaucoup de malades à faibles revenus ne se feront pas soigner, découragés par les tarifs des psychologues et des thérapeutes privés et des listes d’attente de plusieurs mois des organismes publics.

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